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« C’est trop cher » : ce que l’objection prix cache, et quoi répondre

Les cinq sens possibles de « c’est trop cher », comment on évalue un prix, quand et comment l’annoncer, et comment répondre sans brader.

Par Steven Lefrançois··Mis à jour le
Le hibou FormezVoo, couverture de l’article « « C’est trop cher » : ce que l’objection prix cache, et quoi répondre »

Vous envoyez un devis par e-mail après un bon premier rendez-vous. Deux jours plus tard, la réponse tombe : « Merci, mais c’est un peu cher pour nous en ce moment. » Par réflexe, vous proposez une remise de 10 %. Le client remercie, dit qu’il va regarder, et vous n’avez plus de nouvelles. Ou pire : il signe, mais il négociera désormais chaque devis, parce que vous lui avez appris que votre premier prix n’était pas le vrai.

« C’est trop cher » est la phrase la plus redoutée des commerciaux, et l’une des plus mal comprises. Parfois, le prix est vraiment le problème. Souvent, il sert de raison polie pour quelque chose d’autre. Voici comment faire la différence, ce que la recherche dit de la façon dont on évalue un prix, quand et comment l’annoncer, et quoi répondre sans brader.

Ce que « c’est trop cher » peut vouloir dire

La même phrase recouvre des situations très différentes, et chacune appelle une réponse différente.

Ce que le client ditCe qui se passe souventCe qui aide
« C’est trop cher »Il ne voit pas encore ce que ça lui rapporteRevenir au coût de son problème, qu’il a lui-même estimé
« C’est trop cher »Il ne vous fait pas encore assez confianceUne référence comparable, vérifiable, ou un premier pas plus petit
« C’est trop cher »Ce n’est pas le bon moment, d’autres priorités passent avantComprendre ce qui devrait changer pour que ça le devienne
« C’est trop cher »Il a peur de payer pour rienUne étape pilote, des jalons, des conditions de sortie claires
« C’est trop cher »Son budget ne le permet pas, tout simplementAjuster le périmètre, ou reconnaître que ce n’est pas pour maintenant

La dernière ligne compte. Prétendre que le prix n’est « jamais » le vrai problème est faux, et c’est une façon commode de ne jamais écouter un client qui n’a réellement pas le budget. Votre travail est de savoir dans quelle ligne vous êtes, et pour ça il n’existe qu’un moyen : poser la question.

« Trop cher par rapport à quoi, exactement ? »

Cette question oblige le client à dire à quoi il compare : un concurrent, son budget, ce qu’il paie aujourd’hui, l’idée qu’il se faisait du prix. Dans la plupart des cas, la vraie objection apparaît dans sa réponse.

Comment on évalue un prix

Un prix est toujours jugé par rapport à quelque chose

Personne n’évalue un prix dans l’absolu. On le compare à un repère : le premier chiffre vu, le prix d’un concurrent, le budget en tête. C’est l’effet d’ancrage décrit par Amos Tversky et Daniel Kahneman (1974). Si vous n’avez donné au client aucun autre repère que son budget, c’est à son budget qu’il comparera votre devis.

D’où l’intérêt de faire chiffrer au client, pendant la découverte, ce que son problème lui coûte. Ce chiffre devient le repère auquel il comparera votre prix, et c’est un repère honnête, puisque c’est lui qui l’a calculé.

Payer est désagréable, et ce désagrément se négocie avec le bénéfice

Les économistes Drazen Prelec et George Loewenstein (1998) ont décrit ce qu’ils appellent la douleur du paiement : payer est vécu comme un coût en soi, qui pèse sur le plaisir de ce qu’on achète. Leur modèle suggère que ce désagrément est atténué quand on pense, au moment de payer, aux bénéfices que la dépense va financer.

Dans une étude d’imagerie cérébrale, Brian Knutson et ses collègues (2007) ont observé que lorsque le prix d’un produit paraissait excessif, l’activité d’une région appelée l’insula augmentait, et cette activité aidait à prédire le refus d’achat. Attention aux raccourcis qu’on lit ensuite : l’insula intervient dans beaucoup de processus, et déduire d’une activation un état précis (« le prix fait mal comme une brûlure ») est une erreur de raisonnement que le chercheur Russell Poldrack a bien décrite (2006). Ce qu’on peut retenir sans exagérer : un prix vu seul, sans bénéfice clairement associé, a plus de chances d’être refusé.

Quand annoncer le prix

Pas avant d’avoir compris le besoin. Un prix annoncé dans les cinq premières minutes ne peut être comparé qu’au budget du client. Vous n’avez encore rien construit à côté.

Pas trop tard non plus. Un prix qu’on esquive pendant une heure devient suspect. Si le client vous le demande tôt, ne fuyez pas la question. Donnez un ordre de grandeur honnête et expliquez de quoi il dépend :

« Ça dépend surtout de deux choses : le nombre de personnes concernées et le délai. Pour vous donner un ordre d’idée, nos projets se situent en général entre tel et tel montant. Pour être précis, j’ai besoin de vous poser deux ou trois questions. On les voit maintenant ? »

Le client a sa réponse, vous gardez la possibilité de comprendre son besoin avant de chiffrer précisément.

Et jamais un devis envoyé « à froid ». Un devis reçu par e-mail sans échange préalable est un prix nu, lu seul, souvent le soir, à côté d’un concurrent moins cher. Quand c’est possible, présentez le prix de vive voix ou en visio, puis envoyez le document.

Comment l’annoncer

  1. Rappelez le problème avec les mots du client. « Vous m’avez dit que les devis en retard vous faisaient perdre deux à trois affaires par trimestre. »
  2. Annoncez un seul chiffre, complet. Ce qu’il comprend, ce qu’il ne comprend pas, les conditions. Pas de « à partir de » qui cache des options indispensables.
  3. Taisez-vous. Le silence qui suit un prix est inconfortable, et chaque phrase ajoutée ressemble à une excuse. Dans des négociations étudiées par Jared Curhan et ses collègues (2021), les silences d’au moins trois secondes étaient associés à des accords plus favorables aux deux parties.
  4. Laissez le client réagir en premier. Sa première phrase vous dit dans quelle ligne du tableau vous êtes.

Un mot sur une astuce très répandue : remplacer « prix » ou « coût » par « investissement ». Si le client ne voit pas le retour, le mot ne change rien, et il repère vite l’artifice. Le travail se fait pendant la découverte.

Répondre à « c’est trop cher » en cinq temps

  1. Une pause. Deux ou trois secondes, pour ne pas répondre sur la défensive.
  2. Un accusé de réception. « Je comprends, c’est une vraie question. » Le client doit sentir que vous ne contestez pas son ressenti.
  3. Une question de clarification. « Trop cher par rapport à quoi ? » ou « Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? »
  4. Une réponse à la vraie objection. Si c’est la valeur : revenez au coût du problème. Si c’est la confiance : proposez une référence ou un premier pas. Si c’est le moment : demandez ce qui devrait changer. Si c’est le budget : ajustez le périmètre.
  5. Une vérification. « Est-ce que ça répond à votre question ? » Une hésitation dans la réponse signale que le vrai frein n’est pas encore sorti.

Négocier sans brader

Une remise accordée dès la première objection envoie deux messages : votre premier prix était gonflé, et il suffit de protester pour obtenir mieux. Si vous devez bouger, faites bouger autre chose que le prix seul :

  • Le périmètre : « Si on retire tel module, le montant devient tel chiffre. Qu’est-ce qui est indispensable pour vous ? »
  • Le rythme : démarrer par une première étape, puis décider de la suite sur la base des résultats.
  • Les modalités : un échéancier, à condition qu’il soit clair et sans frais cachés.

Chaque concession contre une contrepartie. Et si aucun ajustement ne rend l’offre accessible, dites-le simplement : « Je pense que ce n’est pas le bon moment pour vous, et je préfère vous le dire. » Ce client reviendra peut-être, et il se souviendra que vous ne l’avez pas poussé.

Faire chiffrer la valeur par le client

En formation, je fais faire aux participants un calcul très simple, avec les chiffres de leur client. Prenons un exemple fictif : un cabinet qui fait vingt rendez-vous par mois et en signe un sur quatre. S’il passait à un sur trois, il signerait environ un à deux contrats de plus par mois. Multipliez par la valeur moyenne d’un contrat, puis par douze. Le client fait le calcul lui-même, avec ses chiffres, et compare ensuite votre prix à ce résultat, plutôt qu’à son budget de départ.

Ce calcul ne garantit rien, et il faut le dire. Il donne au client un repère qui a du sens pour lui.

Les erreurs les plus fréquentes

  • Se justifier longuement après avoir annoncé le prix.
  • Accorder une remise avant de savoir ce que l’objection voulait dire.
  • Dénigrer le concurrent moins cher. Expliquez plutôt ce qui est comparable et ce qui ne l’est pas.
  • Afficher un faux prix barré ou une remise « exceptionnelle » permanente. Le client finit par le voir, et certaines de ces pratiques sont réputées trompeuses par le Code de la consommation.

Un exercice pour cette semaine

  1. Écrivez votre phrase d’annonce de prix en trois parties : le problème du client dans ses mots, le chiffre complet, puis rien.
  2. Entraînez-vous à voix haute à tenir cinq secondes de silence après le chiffre. C’est plus long qu’on ne croit.
  3. À la prochaine objection prix, posez « trop cher par rapport à quoi ? » avant toute autre réponse, et notez ce que le client répond. Au bout de cinq objections, vous saurez laquelle revient le plus chez vos clients.

Ces réponses se travaillent en mise en situation, parce que l’objection prix met tout le monde sous pression. C’est un des exercices des formations vente de FormezVoo : simulations d’objections sur vos vrais devis, avec un retour précis du formateur sur la voix, le silence et les mots choisis.

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