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Gestion du temps

Loi de Laborit : ce que dit la science et comment passer à l’action

La « loi de Laborit » n’est pas une loi scientifique. Ce que la recherche dit vraiment de notre attirance pour les tâches faciles, et une méthode en cinq étapes pour attaquer le dossier que vous repoussez.

Par Équipe FormezVoo··Mis à jour le
Le hibou FormezVoo, couverture de l’article « Loi de Laborit : ce que dit la science et comment passer à l’action »

Le bilan de fin d’année d’un projet attend depuis une semaine. Ce matin encore, vous avez ouvert le fichier, regardé la page blanche, puis répondu à six e-mails, rangé un dossier partagé et appelé un fournisseur pour une question qui pouvait attendre. À midi, vous avez beaucoup travaillé et le bilan n’a pas avancé d’une ligne.

Sur Internet, cette scène est souvent expliquée par la « loi de Laborit » : notre cerveau chercherait toujours le plaisir immédiat et fuirait l’effort. L’idée parle à tout le monde. Elle mérite pourtant d’être remise à sa place, parce que ce que la recherche dit vraiment est plus utile pour s’en sortir.

La « loi de Laborit » n’est pas une loi scientifique

Henri Laborit (1914-1995) était chirurgien et neurobiologiste. Il a joué un rôle clé dans l’introduction de la chlorpromazine, premier médicament antipsychotique, au début des années 1950. Ses travaux sur le stress l’ont conduit à sa théorie de l’inhibition de l’action : quand un animal ne peut ni fuir ni lutter face à une menace, un système d’inhibition se déclenche, et cet état prolongé devient nocif pour l’organisme. Il a popularisé ces idées dans des essais, dont Éloge de la fuite (1976), et dans le film d’Alain Resnais Mon oncle d’Amérique (1980), où il explique que la raison d’être d’un cerveau est d’agir.

La « loi de Laborit » telle qu’on la lit dans les articles de productivité (« le cerveau choisit toujours la facilité ») ne figure pas sous ce nom dans la littérature scientifique. C’est une formule de vulgarisation, construite après coup à partir de ses idées. Elle n’a ni énoncé précis ni conditions de validité, et elle ne dit pas comment agir. Il vaut mieux s’appuyer sur ce qui a été mesuré.

Ce que la recherche montre vraiment

Nous évitons l’effort mental quand nous avons le choix

Dans une série de six expériences, Wouter Kool et ses collègues (2010) ont laissé des participants choisir librement entre deux façons de faire une tâche, l’une demandant plus de concentration que l’autre. Les participants ont majoritairement choisi l’option la moins exigeante. L’attirance pour le plus facile existe donc bien. Elle est mesurable dans des tâches de laboratoire, ce qui ne veut pas dire qu’elle « gagne toujours ».

Procrastiner, c’est surtout se protéger d’une émotion désagréable

Fuschia Sirois et Timothy Pychyl (2013) décrivent la procrastination comme une façon de réparer son humeur à court terme : repousser une tâche pénible soulage tout de suite, et la facture est payée plus tard, par notre « soi futur ». On fuit surtout ce que la tâche fait ressentir : l’ennui, le flou, la peur de mal faire, le sentiment de ne pas savoir par où commencer.

Certaines tâches attirent davantage la procrastination

La méta-analyse de Piers Steel (2007), qui rassemble plusieurs centaines d’études, relève des facteurs constants : une tâche perçue comme désagréable, une échéance lointaine, une faible confiance dans sa capacité à réussir, et l’impulsivité. Bonne nouvelle : les trois premiers se travaillent.

Deux idées reçues à laisser de côté

  • « La volonté est une jauge pleine le matin qui se vide dans la journée. » Cette idée vient des travaux sur « l’épuisement de l’ego ». Une réplication menée dans 23 laboratoires sur plus de 2 000 participants n’a pas retrouvé d’effet mesurable (Hagger et al., 2016). Traiter le dossier difficile le matin peut très bien vous convenir, mais pour d’autres raisons : moins d’interruptions, un esprit pas encore encombré par la journée.
  • « Il suffit de se forcer. » Si la procrastination sert à fuir une émotion, se le reprocher ajoute une émotion désagréable de plus. Travailler sur ce qui rend la tâche pénible donne de meilleurs résultats que l’autocritique.

Les techniques populaires comme « manger la grenouille » (commencer par la tâche la plus lourde, une méthode de l’auteur Brian Tracy) ou le compte à rebours de cinq secondes relèvent de l’expérience de leurs auteurs plutôt que de résultats de recherche. Si l’une d’elles fonctionne pour vous, gardez-la.

Une méthode en cinq étapes

1. Nommer ce qui rend la tâche pénible

Posez-vous une seule question : « Qu’est-ce qui me gêne exactement dans ce dossier ? » La réponse change la parade.

Ce qui bloqueCe qui aide
C’est flou : je ne sais pas ce qu’on attend de moiÉcrire trois questions et les poser à la personne qui a demandé le travail
C’est énormeDécouper jusqu’à obtenir une action de moins de dix minutes
C’est ennuyeuxLimiter la durée (trente minutes chrono) et prévoir une pause juste après
J’ai peur que ce soit mauvaisViser un premier jet volontairement imparfait, à montrer tôt

2. Écrire la première action, avec un verbe

« Bilan du projet » n’est pas une action. « Ouvrir le fichier du bilan et lister les cinq titres de partie » en est une. La première action doit être assez petite pour que commencer coûte moins que d’éviter.

3. Décider quand et où, sous la forme « si... alors »

Peter Gollwitzer et Paschal Sheeran ont rassemblé 94 études sur ces plans « si... alors » (les intentions de mise en œuvre). Formuler à l’avance quand, où et comment on va agir améliore nettement l’atteinte des objectifs (effet moyen d = 0,65, ce qui est considéré comme un effet moyen à fort). Exemple : « Mardi à 9 h, après avoir posé mon café, j’ouvre le fichier du bilan, avant de lire mes e-mails. »

4. Retirer les échappatoires faciles

Pendant le créneau prévu : fermez la messagerie, coupez les notifications, posez le téléphone hors de portée de main. Le but : priver votre attirance pour le facile de ce qui l’alimente.

5. Noter ce qui reste en suspens pour vider la tête

Une tâche non terminée continue d’occuper l’esprit. E. J. Masicampo et Roy Baumeister (2011) ont montré qu’il suffisait de formuler un plan précis pour cet objectif inachevé pour réduire ces pensées parasites. En fin de journée, écrivez pour chaque dossier ouvert la prochaine action et le moment où vous la ferez.

Si vous êtes manager

Quand un collaborateur repousse un dossier, « tu en es où ? » répété chaque jour augmente la pression sans lever le blocage. Trois phrases plus utiles, à adapter :

  • « Sur ce dossier, qu’est-ce qui coince le plus : c’est flou, c’est long, ou c’est désagréable ? »
  • « Quelle est la plus petite étape que vous pouvez faire aujourd’hui ? »
  • « Montrez-moi un premier jet imparfait jeudi à 11 h, on l’améliore ensemble. »

Les erreurs fréquentes

  • Remplir sa liste de tâches faciles pour « se mettre en route ». Elles prennent toute la matinée. Placez la première action du dossier difficile avant elles.
  • Planifier la tâche entière en une fois (« vendredi : bilan »). Le créneau arrive, la tâche paraît toujours aussi grosse, et on l’évite à nouveau.
  • Attendre d’avoir envie. L’envie vient souvent après quelques minutes de travail, rarement avant.

L’exercice de la semaine

Choisissez le dossier que vous repoussez depuis le plus longtemps. Notez en une phrase ce qui vous gêne, écrivez sa première action avec un verbe, et formulez un plan « si... alors » pour demain matin. Le soir, notez si vous l’avez fait. Répétez trois jours de suite avec le même dossier.

La formation à la gestion du temps travaille ces outils sur vos propres tâches et priorités. Si l’évitement est surtout lié à la pression ou à l’anxiété, la formation à la gestion du stress aborde la régulation des émotions au travail.

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