Prioriser : transformer votre liste de tâches en plan d’action
Une liste de tâches met tout sur le même plan et pousse vers l’urgent. Voici une méthode en cinq étapes pour en faire un plan : clarifier, trier, décider, déléguer, planifier.

Votre liste compte vingt-sept lignes. Vous en rayez six dans la journée : les plus courtes, les plus faciles, celles qui sont arrivées ce matin. Le dossier qui compte vraiment, en ligne quatre depuis trois semaines, est toujours là. Le soir, vous avez l’impression d’avoir été occupé sans avoir avancé.
Le problème vient de la liste elle-même. Elle met tout sur le même plan et ne dit rien de ce qu’il faut faire en premier. Voici pourquoi elle vous pousse vers les mauvaises tâches, et une méthode en cinq étapes pour en faire un plan d’action.
Pourquoi une simple liste vous joue des tours
Tout a le même poids
« Répondre à Paul » et « finaliser l’offre pour le principal client » occupent chacune une ligne. Visuellement, elles se valent. Or l’une prend deux minutes et ne change rien, l’autre prend trois heures et peut changer votre trimestre.
L’urgence attire, même quand elle rapporte moins
Dans une série de cinq expériences publiées en 2018 dans le Journal of Consumer Research, Zhu, Yang et Hsee ont montré que les participants choisissaient souvent une tâche à échéance courte plutôt qu’une tâche plus importante et mieux récompensée, simplement parce que la première paraissait urgente. Les chercheurs ont appelé ce phénomène « l’effet de simple urgence ». Une liste sans tri laisse ce biais décider à votre place.
Ce qui n’est pas planifié occupe l’esprit
Les tâches inachevées ont tendance à revenir dans les pensées. Masicampo et Baumeister (2011) ont montré que formuler un plan précis pour une tâche, avec quand et comment la faire, suffisait à réduire ces pensées intrusives, avant même de l’avoir réalisée. Une liste de tâches sans date ni créneau entretient donc la charge mentale. Un plan la soulage.
Étape 1 : tout sortir de la tête
Notez au même endroit tout ce qui traîne : mails à traiter, promesses faites en réunion, idées, relances, papiers. Un seul carnet ou un seul outil, pas trois. Tant qu’une partie reste dans votre tête ou sur des post-it dispersés, vous ne pouvez pas comparer les tâches entre elles.
Étape 2 : écrire chaque tâche comme une action
« Budget » désigne un sujet. Une tâche commence par un verbe et dit ce qui sera fini :
- « Budget » devient « Envoyer à la direction le tableau budgétaire du premier trimestre corrigé ».
- « Salon » devient « Réserver le stand du salon de mars et envoyer le bon de commande ».
- « Recrutement » devient « Rédiger l’annonce pour le poste de technicien et la faire valider ».
Si une ligne demande plusieurs étapes, notez seulement la prochaine action concrète. Une tâche floue est une tâche que l’on repousse.
Étape 3 : trier entre urgent et important
La grille la plus connue porte le nom d’Eisenhower. En 1954, l’ancien général devenu président des États-Unis citait un président d’université qui disait avoir deux sortes de problèmes, les urgents et les importants. La grille en quatre cases a été popularisée bien plus tard par les livres de gestion du temps.
| Urgent | Pas urgent | |
|---|---|---|
| Important | À faire maintenant, vous-même | À planifier dans l’agenda, avec un créneau réservé |
| Pas important | À déléguer, regrouper ou traiter en peu de temps | À supprimer ou à reporter sans date |
Deux questions pour classer sans hésiter :
- Pour l’importance : « Est-ce que cette tâche fait avancer l’un de mes trois résultats de la semaine, ou un engagement pris envers quelqu’un ? »
- Pour l’urgence : « Que se passe-t-il concrètement si je ne le fais pas avant vendredi ? Qui attend, et pour quand vraiment ? »
La case qui fait la différence est « important mais pas urgent » : préparer le rendez-vous client du mois prochain, former un collègue, corriger un processus qui fait perdre du temps à toute l’équipe. Si ces tâches n’ont pas de créneau, elles deviennent urgentes plus tard, au pire moment.
Étape 4 : décider, déléguer, dire non
Trier ne sert à rien si rien ne sort de la liste. Pour chaque tâche « pas importante », choisissez une décision.
Supprimer
Une tâche qui traîne depuis un mois sans que personne ne la réclame mérite une question : « Si je l’efface, qui s’en rendra compte ? » Souvent, personne.
Déléguer clairement
Une délégation qui échoue est presque toujours une délégation floue. Donnez quatre informations :
- le résultat attendu (« un tableau des cinq fournisseurs avec prix et délais ») ;
- l’échéance (« pour jeudi midi ») ;
- la marge de décision (« vous pouvez écarter ceux qui dépassent dix jours de délai sans me demander ») ;
- un point d’étape (« on en parle mardi cinq minutes après la réunion d’équipe »).
Dire non, ou « pas maintenant »
Face à une nouvelle demande, proposez un choix plutôt qu’un refus :
« Je peux le prendre, mais pas avant jeudi. Si c’est plus urgent, je dois décaler le dossier fournisseurs. Lequel passe en premier pour vous ? »
Et pour une réunion où votre présence n’apporte pas grand-chose :
« Je ne pense pas être utile sur toute la réunion. Est-ce que je peux venir pour le point qui me concerne, ou recevoir le compte rendu ? »
Étape 5 : donner une place à chaque priorité
Une priorité sans créneau reste un vœu. Pour les tâches importantes, réservez un moment précis dans l’agenda. Une méta-analyse de 94 études (Gollwitzer et Sheeran, 2006) montre que formuler un plan du type « quand telle situation se présente, alors je fais telle action » améliore nettement l’atteinte des objectifs, avec un effet moyen à fort. Exemples :
- « Mardi à 9 h, avant d’ouvrir ma messagerie, je rédige l’offre pour le client. »
- « Si un collègue me sollicite pendant ce créneau, je note sa demande et je le rappelle à 10 h 30. »
Pour le reste, deux règles pratiques largement répandues : ce qui prend moins de deux minutes se fait tout de suite au lieu d’être noté, et les tâches semblables (appels, mails, saisie) se regroupent sur un même créneau pour éviter de changer de tâche sans arrêt.
Les erreurs les plus fréquentes
- Avoir cinq priorités par jour. Au-delà de trois, on ne priorise plus, on liste. Gardez trois tâches importantes au maximum pour la journée.
- Trier une fois pour toutes. Les priorités bougent. Refaites le tri chaque semaine, et en cas de nouvelle demande importante.
- Tout garder pour soi. Ce que vous ne déléguez jamais finit par bloquer l’équipe, et vous avec.
- Confondre l’urgence de l’autre avec la vôtre. Un mail marqué « urgent » dit d’abord que son auteur est pressé. Posez la question de l’échéance réelle.
Votre exercice pour cette semaine
- Listez les cinq tâches qui vous prennent le plus de temps en ce moment.
- Pour chacune, posez-vous la question : « Si je ne faisais que celle-là aujourd’hui, serais-je satisfait de ma journée ? »
- Entourez les deux qui comptent le plus pour vos résultats des prochains mois.
- Réservez dans l’agenda un créneau pour chacune avant vendredi, puis supprimez, déléguez ou reportez avec une date au moins trois lignes de votre liste.
La priorisation se travaille mieux sur sa vraie liste qu’en théorie. La formation Mieux gérer et optimiser son temps de travail de FormezVoo y consacre une partie de la journée : matrice d’Eisenhower, planification des journées et des semaines, gestion des imprévus, avec des exercices construits sur vos propres tâches.
Formations liées à cet article
Ressources pour approfondir
- Zhu M., Yang Y., Hsee C. K., The mere urgency effect, Journal of Consumer Research, 2018
- Masicampo E. J., Baumeister R. F., Consider it done! Plan making can eliminate the cognitive effects of unfulfilled goals, Journal of Personality and Social Psychology, 2011
- Gollwitzer P. M., Sheeran P., Implementation intentions and goal achievement: a meta-analysis of effects and processes, Advances in Experimental Social Psychology, 2006
- Quote Investigator, What is important is seldom urgent and what is urgent is seldom important (origine de la citation d’Eisenhower, discours du 19 août 1954), 2014



