8 heures, 15 tâches et 2 urgences : par quoi commencer ?
Un cas pratique pas à pas : une présentation à rendre à 16 h, quinze petites tâches et deux urgences qui tombent à 9 h. Comment trier en dix minutes, quoi dire et dans quel ordre agir.

Lundi, 9 h. Vous avez une présentation à terminer pour 16 h devant la direction. Quinze petites tâches attendent depuis la semaine dernière : relances, factures, mails, un bon de commande. Et en dix minutes, deux appels :
- Urgence A : un client important signale un problème technique qui bloque son activité.
- Urgence B : un collègue a besoin de votre validation sur un document qui part chez l’imprimeur dans une heure.
Avant de lire la suite, prenez deux minutes. Notez sur un papier par quoi vous commenceriez, puis l’ordre de toute votre journée. Vous comparerez ensuite avec la proposition ci-dessous.
Les trois réflexes qui font perdre la journée
- Commencer par les quinze petites tâches « pour se libérer l’esprit ». Elles donnent une sensation d’avancer, mais à 11 h, les deux urgences ont empiré et la présentation n’a pas commencé. Des chercheurs ont montré que l’on choisit volontiers une tâche qui paraît urgente plutôt qu’une tâche plus importante, même quand elle rapporte moins (Zhu, Yang et Hsee, 2018).
- Tout mener de front. Répondre au client tout en relisant le document du collègue et en ouvrant la présentation : chaque bascule entre deux tâches coûte du temps, d’autant plus que les tâches sont complexes (Rubinstein, Meyer et Evans, 2001).
- Ne prévenir personne. Vous gérez tout seul, et à 15 h 30, votre responsable découvre que la présentation sera incomplète. Il aurait pu décaler, ou vous aider, s’il l’avait su à 10 h.
Les dix premières minutes : qualifier avant d’agir
Une urgence se qualifie avant de se traiter. Deux questions suffisent : quel est l’impact si j’attends une heure, et de quoi ai-je besoin exactement ?
Pour le client, un appel court, sans chercher à tout régler :
« Je comprends que votre activité est bloquée. Je lance la résolution maintenant avec notre technicien et je vous rappelle à 11 h 30 avec un point précis, même si le problème n’est pas encore réglé. Qui est mon contact chez vous d’ici là ? »
Pour le collègue : « Qu’est-ce que je dois valider exactement, et à quelle heure au plus tard ? » Souvent, il s’agit de deux pages à relire, pas de tout le document.
Pour les quinze tâches, cinq minutes de tri sur papier, avec quatre décisions possibles :
- Aujourd’hui, par vous : ce qui a une échéance réelle aujourd’hui, par exemple une facture à émettre avant la clôture ou une relance promise pour ce matin. En général, trois ou quatre tâches.
- À déléguer : ce qu’un collègue peut faire aussi bien que vous, comme le bon de commande ou une mise à jour de fichier.
- À reporter avec une date : le reste des relances et des mails non urgents, inscrits dans l’agenda de mardi ou mercredi.
- À supprimer : la newsletter à lire, le classement qui peut attendre la fin du mois.
Une proposition de journée
Voici un ordre possible, pour une journée de 9 h à 17 h 30 avec une pause déjeuner.
- 9 h 00 à 9 h 15 : appel au client et lancement de la résolution avec le technicien. C’est la situation la plus grave. À ce stade, votre rôle consiste à déclencher la résolution et à rassurer le client. La réparation revient au technicien.
- 9 h 15 à 9 h 35 : validation du document du collègue. Elle est courte, elle a une échéance ferme et elle débloque quelqu’un d’autre.
- 9 h 35 à 9 h 45 : tri des quinze tâches, délégations envoyées, message à votre responsable (voir plus bas).
- 9 h 45 à 11 h 30 : premier bloc sur la présentation, notifications coupées. Prévenez l’équipe : « Je suis sur la présentation de 16 h jusqu’à 11 h 30, sauf urgence client. »
- 11 h 30 à 12 h 00 : rappel du client comme promis, puis les tâches à faire aujourd’hui.
- 13 h 30 à 15 h 00 : second bloc sur la présentation, puis relecture.
- 15 h 00 à 15 h 45 : marge pour l’imprévu. S’il ne se passe rien, répétez la présentation à voix haute.
- 16 h 00 : présentation.
- 17 h 00 à 17 h 30 : point final avec le client, puis dix minutes pour reporter ce qui reste avec une date.
À 17 h 30, il restera probablement une dizaine de tâches sur les quinze. Elles ont toutes une date, et les trois choses qui comptaient aujourd’hui sont faites. La journée est réussie.
Pourquoi cet ordre, et pas un classement mécanique
Dans la matrice d’Eisenhower, on classerait souvent la demande du collègue en « urgent mais pas important ». Pour lui, pourtant, elle est importante : l’impression part dans une heure. La grille donne un point de départ. Elle ne décide pas à votre place. Elle doit être complétée par trois questions :
- Qui est bloqué si je ne le fais pas ? Une tâche courte qui débloque quelqu’un d’autre passe souvent en premier.
- L’échéance est-elle réelle ou ressentie ? L’imprimeur à 10 h est une échéance réelle. Un mail marqué « urgent » sans date ne l’est pas forcément.
- Quelle part du travail me revient vraiment ? Pour le client, votre part consiste à lancer la résolution et à donner des nouvelles. Le technicien s’occupe du reste.
Prévenir avant d’être en retard
Le message à envoyer à votre responsable dès 9 h 45, et pas à 15 h 30 :
« Un client est bloqué depuis ce matin, j’ai lancé la résolution avec le technicien et je le rappelle à 11 h 30. La présentation de 16 h sera prête, mais l’annexe chiffrée risque d’être allégée. Est-ce que ça vous convient, ou préférez-vous décaler à demain matin ? »
Ce message donne les faits, ce que vous faites, le risque, et laisse la décision à la personne qui fixe les priorités.
Et si la situation change ?
- Si le problème du client demande toute la matinée : la présentation devient le point à renégocier. Proposez un report ou une version courte, plutôt que de bâcler les deux.
- Si personne ne peut reprendre les délégations : reportez davantage. Une journée a huit heures, et aucune organisation n’en crée une neuvième.
- Si ce scénario revient chaque lundi : le problème vient de l’organisation. Regardez pourquoi les demandes s’accumulent le week-end et parlez-en avec votre équipe. Un rituel de trente minutes pour organiser votre semaine de travail aide aussi à l’anticiper.
Votre exercice pour cette semaine
- Demain matin, avant d’ouvrir votre messagerie, listez toutes vos tâches du jour sur papier.
- Classez-les avec les quatre décisions : aujourd’hui, déléguer, reporter avec une date, supprimer.
- Pour chaque urgence qui arrive dans la journée, posez les deux questions de qualification avant d’agir.
- Le soir, comparez ce que vous aviez prévu et ce que vous avez fait : où le plan a-t-il cédé, et pourquoi ?
Les cas pratiques comme celui-ci servent de base à la formation Mieux gérer et optimiser son temps de travail de FormezVoo : une journée pour s’entraîner à prioriser, planifier, intégrer les imprévus et gérer les interruptions, à partir de situations proches de votre quotidien.
Formations liées à cet article
Ressources pour approfondir
- Zhu M., Yang Y., Hsee C. K., The mere urgency effect, Journal of Consumer Research, 2018
- Rubinstein J. S., Meyer D. E., Evans J. E., Executive control of cognitive processes in task switching, Journal of Experimental Psychology: Human Perception and Performance, 2001
- Quote Investigator, What is important is seldom urgent and what is urgent is seldom important (origine de la citation d’Eisenhower, discours du 19 août 1954), 2014



